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Le développement durable est-il mort ?

Ecrit par | Monde textile | Aucun commentaire

Le développement durable, c’est quoi ?

 

Aujourd’hui je vous emmène dans le monde des Bisounours, on va parler développement durable.

 

Vous savez, ce truc dont tout le monde entend parler mais que personne ne peut facilement définir autrement que « Heu…, c’est faire attention à la planète quoi !».

 

Vous savez, cette expression qu’on pense être si fondamentale et qui pourtant se retrouve collée en filigrane des panneaux de pub pour voitures ou pour des vêtements H&M…

 

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Parce que c’est vert c’est « durable » ?

 

De quand date le développement durable ?

 

L’expression développement durable ne date pas de l’année dernière ; elle date de 1987. Elle est définie dans le rapport « Brundtland » publié par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement :

 

« Le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

 

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C’est comme un slogan, il veut tout dire et rien dire à la fois.

 

C’est un peu comme « Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres » ; la vraie difficulté c’est de poser la frontière.

En fait, le développement durable a été défini comme la confluence de trois préoccupations majeures : l’Economique, le Social et l’Environnement. Simple, clair et efficace, ce sont les trois piliers du développement durable.

 

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Pour résumer, le développement durable, c’est un développement économique qui est respectueux de la planète et de ses habitants.

C’est un peu fou qu’aujourd’hui, lorsqu’on parle de développement durable, nous ayons surtout en tête la dimension environnementale. Pire, dans l’inconscient collectif, le développement durable est devenu un frein au développement économique et au bien être social.

Comment le développement durable en est-il arrivé là ?

Si le développement durable fait sa grande apparition dans les textes il y a 30 ans, c’est en réalité un concept qui est bien vivant depuis bien plus longtemps. Les problèmes et incertitudes concernant notre rythme de croissance économique et son impact sur l’environnement (notre bonne vieille planète) et sur les déséquilibres sociaux ne datent pas d’hier.

 

Et pourtant, après des dizaines d’années à tirer toutes les sonnettes d’alarme en brandissant la solution (aka le développement durable), rien ne change. Les experts s’accordent à dire que nous compromettons cette capacité des générations futures à répondre à leurs besoins. Nous filons à toute vapeur droit dans le mur !

 

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Mais alors, comment se fait-il qu’on en soit encore là ?

 

Le développement durable a été reçu en grande pompe à la table des puissants politiques et est l’objet de multiples sommets des 30 dernières années. Les entreprises ont toutes désormais leur « Directeur du Développement Durable » (ce bon vieux DDD). On achète de « l’électricité verte ». On se déhanche en musique dans des festivals qui portent son nom. Même Coca Cola joue dans son équipe (GreenCoke).

 

Et malgré toutes ces « belles initiatives » de développement durable, les scientifiques sont de plus en plus alarmants quand aux conséquences de notre train de vie (source GIEC octobre 2018).

Pourquoi est-ce-que rien ne change?

Et bien, c’est Einstein qui l’explique le mieux. Pas avec la mécanique quantique (E=mc2, c’est pas vraiment le bon sens incarné), mais avec cette petite phrase tellement pleine sens:

« La folie c’est de faire la même chose encore et encore et d’espérer un résultat différent. »

 

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Et c’est bien ce qu’on fait depuis plus de 30 ans, non ?

Le parcours miné du développement durable.

 

Mais qu’est-il arrivé à ce beau concept de développement durable pour qu’il produise si peu d’effet  alors qu’on n’arrête pas de parler de lui?

 

Comment s’est il pris les pieds dans le tapis ?

 

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Voici les trois grosses mines qui ont empêché le développement durable de prendre ses fonctions comme solution à tous nos problèmes.

 

Mine 1 : Funambule de l’extrême au dessus des chutes du Niagara.

 

Le développement durable, c’est l’intersection des trois piliers fondateurs : l’économique, le social et l’environnemental. Or, le concept se délite avec le temps. Aujourd’hui, on nous présente le développement durable comme une grande équation scientifique,

sans solution : l’intersection n’existerait pas. Essayez donc de faire passer une droite par les trois sommets d’un triangle : ce n’est possible qu’en lui tordant le cou!

 

Pour le développement durable, c’est un peu pareil, sauf que ça signifierait renoncer à l’un de ses piliers :

 

  • soit on se lance dans un modèle de croissance économique respectueux de considérations écologiques, lequel dénigre les personnes qui ne peuvent plus payer leur facture d’électricité verte,
  • soit on met en place une politique sociale et écologique, au risque de voir le spectre de la décroissance bondir et les économistes nous annoncer la fin du monde moderne,
  • soit on se lance dans un modèle économique libéral avec de la consommation pour tous et on enfonce le plafond des plus 5°C à l’horizon 2100. Ca fera juste plus de palmiers sur les plages, super pour les prochaines beach party !

 

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Dans la presse d’aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, dans les discussions en attendant le pain à la boulangerie, on entend tout le temps ces trois discours défaitistes.

 

Alors OUI, le grand problème du développement durable c’est cet exercice d’équilibriste de l’extrême qu’on lui demande de mener.

 

Et pourtant rien d’impossible! Il est parfaitement possible de traverser les chutes du Niagara en marchant sur un fil. Ceux qui ont peur et qui renoncent, sont priés de ne pas déranger ceux qui agissent.

 

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On est bien meilleur équilibriste que ce que l’on pense, devenons funambules.

 

Mine 2 : Problème de déco ou de régime ?

 

Le développement durable a été géré comme on rénoverait une vieille maison avec une équipe de décorateurs.

 

On a repeint la cage escalier, on a ouvert le coin cuisine, on a changé de place la table du salon, on a même changé les plinthes de la chambre à coucher : ça a fait de la poussière tous ces travaux ! On a caché, comme on a pu, l’humidité des murs, les fuites dans le toit et les problèmes de stabilité de l’annexe. De bien mauvaises surprises nous attendent dans quelques années. Mais pour l’instant, les photos du feu ouvert sont superbes sur Insta.

 

 

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Les problèmes d’infiltration? ça ne se voit pas sur Instagram, non?

 

Le développement durable est au régime ! Il est devenu une version super light de ce qu’il aurait du être.

 

Pire, le développement durable n’a pas juste été mis au régime, on l’a carrément fait jeuner : un radis pour la bonne conscience et roule ma poule !

 

Par opportunisme, par facilité, par défaut de volonté politique et individuelle, on a laissé les grands chantiers de côté. L’efficacité énergétique a cédé le pas aux micro mesures, les industriels font la promotion du « clean desk » et quand leurs administrations font des photocopies recto-verso, elles reçoivent un label « vert ».

 

Que reste t-il du développement durable ? Que de belles intentions…

 

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Mine 3 : Diplôme Master en Mauvaise Foi

 

Avec un peu de mauvaise foi, vous pouvez sans problème assaisonner tout et n’importe quoi comme un vrai produit du développement durable. Il n’en faut pas beaucoup pour nous faire croire que la situation est sous contrôle et même s’améliore. Certains sont maîtres en ce domaine, ils peuplent les départements marketing des plus grandes entreprises, ils y affichent leur diplôme en Mauvaise Foi.

 

Quand Unilever annonce que sa préoccupation première est le développement durable et publie un rapport annuel impressionnant de petits détails, elle ne donne aucune indication de l’impact global ni de ses sources d’approvisionnement, ni de ses usines de fabrication, ni de l’usage de ses produits. Alors, si le développement durable est effectivement la préoccupation première, ils doivent sacrément faire la sieste dans tous les autres départements.

 

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Ne cherchez plus, ces diplômes portent un nom : Green Washing !

 

Et le Green Washing a deux effets toxiques sur le développement durable :

 

  • Premièrement, le Green Washing permet de soutenir la consommation de biens et de services qui ne respectent pas notre planète. Sous couvert de labels et de certificats peu exigeants, les méthodes de travail qui restent pour la plupart identiques, ce qui est de facto négatif pour le développement durable.
  • Mais le Green Washing a un effet encore plus pervers: il vide le développement durable de tout son sens. A force de l’utiliser pour justifier tout et n’importe quoi, sans aucun respect de sa propre définition, le développement durable ça ne veut plus rien dire du tout.

 

Bref, le manipulateur malintentionné reste à l’œuvre pour servir le seul intérêt économique, oubliant les deux autres piliers sur lesquels devrait s’appuyer notre développement.

Le développement durable est-il KO ?

 

Aujourd’hui le développement durable vit des moments bien difficiles :

 

  • Son nom a été tellement galvaudé et utilisé à toutes les sauces qu’il n’a plus aucune saveur et ne veut plus rien dire.
  • Depuis ses débuts, il souffre d’un manque criant de leadership politique. Et cela ne change manifestement pas, le camouflage a juste fait place à l’hypocrisie, les lobbies restent les vrais leaders.
  • Les consommateurs déçoivent par leur manque d’implication et de cohérence au quotidien : « Si ce n’est que moi, ça ne sert à rien. Mon action est négligeable, comparée aux milliards de « petits chinois » qui n’en ont rien à caler… Alors, à quoi bon ces efforts… ».
  • Et pour couronner le tout, les industriels n’ont retenu que le pilier économique de notre pauvre développement durable qui se retrouve amputé des deux tiers de son sens. Que se soit dans les rapports annuels des grandes entreprises (celles-là qui se targuent de faire du développement durable leur priorité) ou dans les indicateurs économiques de nos pays, il n’y a pas une ligne, pas un chiffre sur le social et l’environnemental.

 

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Aujourd’hui, quand on entend développement durable on n’est plus vraiment certain de ce que ça veut dire. On pense « Quoi ? Encore ? »

 

Aujourd’hui, le « développement durable » est complètement OUT !

 

…mais les principes sous-jacents restent bien vivants.

Aujourd’hui plus fort que jamais

 

Le développement durable a été démonté, décoloré, dilué par les politiques, récupéré par les industriels, il s’est fait abuser dans les salons, dans les réseaux sociaux, jusque dans les rues. Les mots ont perdu leur éclat, mais la revendication n’a jamais été aussi forte, impérative et pleine de sens.

 

Le mouvement @onestpret a rallié en quelques semaines 135 milles personnes qui mettent en œuvre au quotidien des gestes qui nous respectent et respectent la planète.

 

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La marche du 8 Décembre pour le climat a rassemblé 130 milles personnes à travers la France pour réclamer à nos politiques de changer leur fusil d’épaule, et de mieux viser l’objectif.

 

Il nous manque un mot de ralliement, pour unir les forces vives des luttes sociales, environnementales et économiques. Un terme qui rallie pour longtemps, durablement, qui échappe au Green Washing et qui ne puisse pas être retourné et transformé en petit OREO ou en autocollant à paillettes comme on s’est joué du développement durable.

 

Mais à force de se faire enfumer, le monde finirait bien par tousser un bon coup et ce mot de ralliement qui nous manque risquerait bien d’être un CRI HURLANT.

 

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inégalité homme femme industrie textiles fast fashion féminisme consommer vêtement éthique feminism is the new black

Tu es féministe ? Dis-le avec tes vêtements !

Ecrit par | Monde textile | 4 commentaires

Nul besoin de montrer ses seins devant Berlusconi ou sur la grand place de Bruxelles pour être féministe. Nul besoin d’ailleurs de l’afficher au monde entier (avec par exemple ces t-shirts à messages féministes qui fleurissent un peu partout). Nul besoin de le crier sur les réseaux sociaux ou de le crier sur tous les toits.

 

Il existe milles manières d’être féministe. Certes on peut afficher un message, une demande, pour faire changer les mentalités. Mais pour être féministe, on peut aussi décider de nous changer nous-mêmes pour agir directement sur la condition des femmes.

 

fémen bruxelles grand place impact conditions de la femme industrie textile

 

Être féministe ce n’est pas uniquement s’afficher féministe. Être féministe, ça peut aussi être « consommer féministe ».

 

Soyons actrices du changement que nous souhaitons voir dans le monde. Et la bonne nouvelle de la journée c’est que ce changement, nous pouvons l’incarner directement depuis notre garde-robe !

 

La condition féminine dans l’industrie textile

 

Contextualisons rapidement l’industrie textile et la condition de la femme dans ces rouages implacables.

Attention, les chiffres donnent froid dans le dos, tellement ils sont dans le même temps énormes et particulièrement ridicules :

  • L’industrie textile emploie dans le monde entier environ 60 à 70 millions de personnes dont 75% sont des femmes.
  • 50% des travailleurs sont payés moins que le salaire minimum (chiffre pour l’Inde et les Philippines)
  • Au Pakistan, 87% des femmes sont payées moins que le salaire minimum. Par ailleurs « seulement » 27% des hommes sont rémunérés sous le salaire minimum
  • Le salaire minimum défini par l’industrie textile est deux fois trop bas par rapport à un salaire considéré comme minimum pour vivre dignement.
  • La différence de salaire entre femme et homme pour un travail équivalent est en moyenne de 39% en Inde et de 48% au Pakistan.

(Source: Rapport « Pulse » voir détail en bas de l’article**)

En résumé, les femmes sont très largement employées par l’industrie textile. Et cette industrie textile les exploite sans aucun état d’âme.

 

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Les produits confectionnés dans des conditions inhumaines par une majorité de femmes sont vendus à une majorité de femmes à l’autre bout du monde. Et c’est sur ce constat là, que nous autres, femmes consomm’actrices pouvons directement agir!

 

Comment être féministe dans ta garde-robe ?

 

Il existe nombre de moyen d’être féministe. Et que vous ayez décidé de l’afficher, d’en parler, ou pas, « consommer éthique » est un moyen d’action direct sur la condition de la femme dans le monde.

 

Les certifications de production « éthiques », tentent de garantir des conditions de travail décentes, pour les femmes comme pour les hommes. Mais les femmes sont particulièrement fragilisées par cette industrie textile. Si vous achetez éthique, le bras de levier que vous avez pour changer la condition féminine est énorme !

 

Alors, afficher sa conviction féministe, oui, mais dans un t-shirt certifié « production éthique » pour vraiment faire bouger les choses à l’autre bout du monde, c’est encore mieux !!

T-shirt féministe girl power supergirl gang l'étiquette boutique éthique

 

Ci-dessus, le T-shirt des Super Girl gang en vente sur l’étiquette (Site en ligne de mode éthique). Ce T-shirt est Bio (Certifié GOTS), éthique (certifié Fair Wear Foundation) et vraiment cool.

Et vous? Êtes-vous prêtes a être féministes dans votre garde-robe ?

 

C’est un beau jour pour commencer !

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PS: Je vous parle bientôt de cette petite cousette plaisir (et féministe ;-)) et de l’impression sur tissu dans la Newsletter (Si vous ne voulez rien rater: abonnement ici).

Mise en garde : Pour être éthique, un vêtement doit être certifié comme tel. Par exemple, la collection « Conscious de H&M » n’est pas du tout garantie éthique d’un bout à l’autre de la chaine de production. On décortique ensemble les impacts réels de ce type de collection dans un prochain article ?

 

Pour aller plus loin :

 

**Sources

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certification textile ambition GOTS BCI Oeko-tex EU-ecolabel

Perdu dans la jungle des certifications textiles ? Défrichons le chemin !

Ecrit par | Biologique, Monde textile | 8 commentaires

Etat des lieux des certifications textiles durables, éthiques et/ou biologiques

De « coton durable » à « vêtements éthiques », les étiquettes des vêtements se remplissent d’appellations « vertes » jusque dans les rayonnages d’H&M. Mais que veulent dire ces certifications et ces logos ? Coton bio ? Manufacture éthique ? Avouez-le, on est vite perdu dans cette jungle de certifications !

 

Les règles de la Jungle des certifications « vertes »

 

Il existe plus de 100 certifications « éthico-durables » rien que pour le monde du textile. Pas étonnant qu’on soit perdu ! Voyons ensemble à quoi servent ces certifications.

 

Le textile (matière première pour la manufacture des vêtements) est principalement produit dans des pays à faible réglementation nationale, tant concernant la protection sociale que pour l’environnement. De plus, les règles internationales ne sont pas contraignantes (comme par exemple l’organisation mondiale du travail). Elles apportent une norme de comparaison, mais pas de garantie.

 

Parallèlement à ce manque normatif national et international, les consommateurs expriment une volonté croissante de consommer plus « éthico-durable ». Une étude réalisée dans 60 pays (Nielsen – 2015) montre que 66% de la population est prête à payer plus cher pour des produits et services «éthico-durables ».

certification textile ambition GOTS BCI Oeko-tex EU-ecolabel produit durable vêtement éthique

De cette conjoncture sont nés quantité de certifications. Elles sont le fruit d’associations d’entreprises privées du secteur textile, mais aussi d’ONGs ou de centres de recherche.

 

Et c’est là que le bât blesse. Nombre de ces sociétés qui financent les organismes de certification sont parties prenantes du système de la fast-fashion. Elles encouragent des certifications incomplètes, imprécises et parfois trompeuses pour bénéficier de l’essor du marché « éthico-durable » sans remettre en question le modèle de la fast-fashion.

 

En résumé, les certifications peuvent servir de couverture pour des sociétés qui veulent simplement profiter de ce qu’elles estiment être une nouvelle tendance. C’est du pur green-washing (tentative de traduction :« vert lavage », « verte teinture ») !

certification textile green washing BCI Oeko-tex

 

Heureusement, toutes les sociétés et toutes les certifications ne sont pas concernées.

Quelles failles dans les certifications « éthico-durables » ?

 

Il existe des certifications plus complètes, plus contraignantes ou plus garanties que d’autres. Voici les principales faiblesses de certifications qui sont exploitées par les entreprises de la fast-fashion :

  • Certification ciblée : La certification ne couvre qu’une partie de la chaine de production. Par exemple, uniquement les matières premières, ou uniquement l’usage de produits chimiques durant la production des vêtements, etc. Ces certifications peuvent être utilisées de façon particulièrement trompeuses parce que le vêtement est étiqueté « éco-durable » sans autre précision. L’étiquetage laisse croire au consommateur que l’entièreté du vêtement est « éthico-durable ».certification textile ambition GOTS BCI Oeko-tex EU-ecolabel
  • Certification peu ambitieuse : Une certification se doit de fixer un cadre (ciblé ou complet) et des critères sur chaque étape qu’elle certifie. Certaines certifications ont du mal à fixer des critères ambitieux et clairs. Les critères sont parfois tellement vagues qu’ils deviennent inutiles. Par exemple Oeko-tex recommande l’approvisionnement des matières premières « à des fournisseurs qui peuvent prouver leurs responsabilité et leur durabilité (« sustainability ») ». Comment ? Avec quelles garanties ? Aucune précision sur le sujet. De facto, cette ambition de la certification devient simplement une recommandation qui finalement est ignorée.certification textile ambition GOTS BCI Oeko-tex EUlabel

 

  • Certification en auto-évaluation : La certification est une substitution à la confiance. Si vous connaissez un producteur de carottes, vous n’avez pas besoin qu’il soit certifié. Vous pouvez parler avec lui et lui faire confiance sur sa démarche et son sérieux « éthico-durable ». Les certifications amènent ce cachet de confiance pour des sociétés qui ne peuvent pas nous convaincre de visu. Mais comment s’assurent t’elles du respect de leur norme auprès des sociétés certifiées ? Certaines certifications font le choix de l’auto-évaluation. Parce que l’évaluation de chaque fournisseur sur de nombreux critères, chaque année, coûte extrêmement cher. Cela permet il vraiment d’avoir pleinement confiance ?certification textile confiance GOTS BCI Oeko-tex EUlabel

 

  • Certification dépendante et opaque : Une certification qui est principalement financée par de grandes sociétés de la fast-fashion va t-elle pouvoir imposer le niveau de standard et de vérification nécessaire pour éviter le green-washing?

La transparence et l’indépendance des organismes de certification sont cruciales pour maintenir la confiance du consommateur.

 

 

Revue des certifications textiles principales

 

Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Les certifications ne sont pas toutes trompeuses à dessein. Cependant, un consommateur averti en vaut mille et la petite revue des certifications textiles ci-dessous vous permettra d’identifier plus facilement les pièges du green-washing !

 

Il existe plus d’une centaine de certifications « éthico-durables » pour le textile. Les certifications les plus visibles sur le marché textile sont analysées ci-dessous.

  • OEKO-TEX
  • BCI : Better Cotton Initiative
  • EU Ecolabel de la Commission Européenne
  • GOTS : Global Organic Textile Standard

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Oeko-tex : la protection de la santé du consommateur avant tout

 

Le standard 100 de Oeko-tex garanti que le produit final ne contient aucun des produits identifiés comme dangereux pour la santé du porteur du vêtement. C’ets la certification la plus courante chez Oeko-tex. certification textile bio éthique green washing oeko-tex standard 100

Cette certification NE garantit PAS :

  • que les matières premières sont biologiques. Les OGM, pesticides et engrais chimiques sont autorisés.
  • que les produits chimiques dangereux ne sont pas utilisés durant la production. Ils peuvent être utilisés tant qu’ils sont retirés du vêtement avant sa commercialisation
  • que le traitement des déchets (en particulier les déchets liquides) est optimal. Le standard 100 ne traîte pas du tout du traitement des déchets.

Ce standard ne couvre donc aucune étape de production. Il se base uniquement sur le produit fini.

 

Par ailleurs Oeko-tex a mis en place un processus de certification des usines de production textile (STeP) qui traite l’utilisation et le traitement des produits chimiques. Cependant, cette certification ne restreint pas les produits chimiques nécessaires à la production de la viscose (CS2) et n’est pas nécessaire pour la certification Oeko-tex des vêtements avec le label Standard 100.

 

Le résultat est compliqué et porte certainement à confusion pour personne non-expert de ce panel de certification. Toute certification Oeko-tex doit être détaillée (Standard 100, STeP, Made in Green, etc) sinon elle ne veut rien dire.

 

« Better Coton Initiative » (BCI): Une initiative, mais pour certifier quoi ?

 

La certification BCI a été créée par le partenariat entre le WWF et un ensemble de mammouths du monde textile (H&M, Adidas, GAP, IKEA, etc). Les objectifs de cette initiative sont :

  • Réduire les pesticides dans la culture du coton.
  • Réduire la consommation en eau.
  • Augmenter la qualité des sols de culture.
  • Maintenir un niveau de qualité des fibres de coton.

 

certification textile bio éthique green washing BCI better cotton initiative

 

L’association BCI a mis en place un système de bonnes-pratiques et des manuels pour atteindre ces objectifs. Il n’existe pas de critères clairs pour mesurer l’atteinte des objectifs. Par ailleurs, rien n’est spécifiquement interdit (OGM, pesticides, engrais synthétiques, etc.).

 

La philosophie de base est que chaque cultivateur de coton doit s’inscrire sur un chemin qui tend vers plus de « durabilité ». C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de critères définis de ce qui est accepté ou non. Ce qui est important, c’est de progresser dans la bonne direction.

 

Cette philosophie est largement défendable et les objectifs du BCI sont louables. Mais couplée à une auto-évaluation des fournisseurs pour garantir eux-mêmes leur progression sur le chemin de la « durabilité », c’est un peu nous faire croire au monde des Bisounours.

 

L’initiative BCI ne couvre pas l’aspect « éthique » de la production de coton (salaire minimum, etc.).

 

Vous comprenez qu’en termes de transparence et d’indépendance, le coton BCI n’est pas le roi de sa catégorie.

 

 

EU Ecolabel : le cycle de vie complet des vêtements

 

Cette certification porte exclusivement sur les critères environnementaux et non sur les critères sociaux. L’ensemble du cycle de production des vêtements est pris en considération (de la production de la fibre à la manufacture du vêtement). Tout produit commercialisé en Europe peut prétendre à cette certification même si il est produit en dehors de l’UE.

certification textile bio éthique green washing EU-ecolabel

L’EU Ecolabel assure une optimisation de la consommation en eau et du traitement, recyclage des déchets et en particulier des rejets liquides.

Cependant, cette certification NE garanti PAS :

  • que le coton est biologique. Cette certification s’applique pour les fibres naturelles et synthétiques,
  • que la viscose est produite en accord avec les meilleures techniques disponibles pour la protection de l’environnement.

 

L’EU Ecolabel est révisé tous les 4-5 ans. Ce qui ne permet pas toujours de rester à la pointe des meilleures technologies environnementales disponibles.

 

GOTS : globale et véritablement « éthico-durable »

 

Le « Global Organic Textile Standard » (GOTS) est la certification la plus complète. Elle couvre les aspects environnementaux, de la culture (pas d’OGM, de pesticide, d’engrais synthétique, etc.) à la confection des vêtements (teinture, traitement du textile, manufacture des vêtements, etc.). C’est la seule certification traitée dans cet article qui garanti que le coton soit biologique, du moins pour un certain pourcentage du vêtement fini. 95% de fibres d’un vêtement doivent être de provenance biologique pour qu’il soit certifié GOTS. Cela inclut les étiquettes, fermetures éclairs, ruban de décoration, thermocollant, etc.

certification textile bio éthique green washing GOTS global organic textile standard

Par ailleurs, cette certification transversale couvre aussi les aspects sociaux. Ils ne sont clairement pas la priorité de GOTS. Le critère fondamental est le respect du règlement mondial du travail principalement pour les étapes de traitement du coton et de confection des vêtements (travail des enfants, heures supplémentaires, salaires décents, etc.).

 

La certification des sociétés et fournisseurs est assurée par un contrôle annuel sur l’ensemble des critères.

Résumé certification textile

Voici le resumé des quatre certifications analysées:

 

certification textile ambition GOTS BCI Oeko-tex EU-ecolabel

Halte là, green-washing !

 

Vous comprenez aisément à la lumière des résumés ci-dessus que les certifications « éthico-durables » peuvent facilement être utilisées à des fins purement marketing. Tromper un consommateur qui veut s’engager dans une consommation responsable n’est pas si compliqué. Certaines marques font du pur green-washing sans volonté de progresser sur un chemin « éthico-durable ».

Cette dérive est largement dénoncée par le rapport « The false promise of certification » ( Changing Market Foundation – 2018) et par « Clean Clothes Campaign ».

 

Cet état des lieux des certifications est loin d’être exhaustif. Renseignez-vous en partagez autour de vous, avec vos familles, amis, collègues et même ici, les informations, les questions sur le sujet. Il existe une quantité d’autres labels et standards à investiguer qui balisent et garantissent, plus ou moins, les aspects éthiques et/ou environnementaux.

 

Mais vous comprenez maintenant, qu’une étiquette «  coton durable » ne donne pas nécessairement toute l’information pour vous permettre de faire un achat engagé!

 

Un consommateur averti en vaut mille ! Gardez l’œil ouvert!

 

Pour aller plus loin :

certification textile ambition GOTS BCI Oeko-tex EU-ecolabel

Industrie textile fast-fashion décomposition des coûts cout de la main d'oeuvre zara h&m usine sweatshop clean clothes campaign

Où va l’argent de la fast-fashion?

Ecrit par | Monde textile | 9 commentaires

Aujourd’hui, Mars-ELLE vous emmène cheminer sur la chaine de valeur de nos vêtements du commerce.

Nous avons toutes déjà acheter un t-shirt à 5 euro ou un chemisier à 25 euro. Mais après être tombée dans la marmite de la couture, j’ai voulu comprendre comment cette industrie de la fast-fashion pouvaient produire des vêtements si peu cher. Et la première question est : « Comment et à qui est redistribué l’argent d’un vêtement selon le modèle de la fast-fashion? ».

Décortiquons ensemble le prix d’un vêtement standard vendu pour une grande marque de fast-fashion. Au hasard : Zara. Du champs de coton jusqu’à la boutique de votre chemise préférée, le chemin est parfois très escarpé.

 

Prenons ce chemisier Zara qui coute la bagatelle de 25,95 €. Pour faire simple arrondissons ce prix à 25 €.

Industrie textile fast-fashion décomposition des coûts cout de la main d'oeuvre zara primark h&m usine sweatshop clean clothes campaign

Maintenant, allons creuser ensemble pour voir à qui sont distribués ces 25 petits euros.

 

Source: « Pulse of the fashion industry 2017 » voir détail en bas de l’article **

 

Décomposition du prix de la jolie chemise Zara

Premièrement, pour vous vendre cette jolie chemise, Zara a besoin de matières premières. Le tissu, les boutons, le thermo collant, le fil. Cela coute à Zara 3,22 €. Cette modique somme couvre :

  • la rémunération des cultivateurs de coton,
  • la rémunération des usines de filage,
  • la rémunération des usines de tissage et de teinture,
  • les couts des post-traitements des tissus,
  • les coûts des produits chimiques,
  • les boutons,
  • etc

 

Vous l’avez compris, détailler ces 3,22 € n’est déjà pas une mince affaire.

Ensuite les matières premières sont assemblées pour en faire votre chemise. Pour ce faire, il y a :

  • les salaires de la main d’œuvre de confection : 1,35 €,
  • les couts de fonctionnement de l’usine (machines, organisation) : 0,39 €,
  • le profit du fournisseur ou de l’intermédiaire : 0,25 €.

 

Le coût total de fabrication de votre chemise est de 5,21 €, matières premières incluses.

Industrie textile fast- fashion décomposition des coûts cout de la main d'oeuvre zara h&m usine sweatshop clean clothes campaign

Cette chemise est finalement vendue en magasin par la marque. La majoration de la marque est de 15,62 €. Elle couvre :

  • Les frais de boutique,
  • Les salaires des employés de la marque (vendeurs, styliste, commerciaux, etc),
  • Le profit de la marque,
  • Le marketing.

 

Il est communément admis dans le business de la mode que les articles sont vendus entre 2,5 et 3,5 fois leur coût de fabrication. Le secteur du luxe applique une majoration qui peut aller jusque 10 fois le prix de fabrication. Mais restons dans la fast-fashion.

 

Finalement, pour boucler la boucle, il faut évidemment ajouter la TVA de 4,17 € (moyenne européenne).

 

En auscultant cette chemise Zara, nous identifions les premiers étages de distribution de vos 25 €. Les mono-maniaques de cet exercice pourront encore sous-diviser les catégories : les salaires (occidentaux) comprennent des taxes et des impôts, les frais de boutique comprennent des frais d’énergie, de loyer, de nettoyage, d’aménagement, et ainsi de suite !

 

 

Là où le bas blesse…

 

La première réflexion d’une couturière en voyant ces chiffres est instantanée, n’est pas? 1,35 € pour la main d’œuvre de fabrication… Vraiment? Faire cette chemise doit nécessiter minimum 2 heures de travail avec l’équipement professionnel (manipulation des machines, coupe du tissu, assemblage, finitions). Ce qui représente à la grosse louche la bagatelle de 0,7 €/h. Youpi !

 

Lorsqu’on sait que les travailleurs (et en particulier les travailleuses) de cette industrie sont sous payés, il semblerai évident de considérer une augmentationsignificative, voir le doublement de leurs salaires. Finalement cette chemise, nous pouvons tout aussi bien l’acheter 1,35 € de plus, n’est ce pas ? Ce qui permettrait d’avoir des salaires plus décents à l’autre bout du monde sans imposer de régime drastique à nos porte-monnaie.

Win-Win, non ?

Et ben non. Ça ne se passe pas comme ça ! Parce que toute la chaine de valeur est définie en pourcentage. Aaaaaah, la magie perverse de ces pourcentages ! En effet, le profit du fournisseur, la majoration de la marque et la TVA sont définis en pourcentage du coût du produit au moment où il passe dans leurs mains.

Industrie textile fast-fashion décomposition des coûts cout de la main d'oeuvre zara h&m usine sweatshop clean clothes campaign

Le fournisseur fait monter son profit de 0,25 € à 0,32 €, la marque fait de même en intégrant, l’augmentation du salaire de la main d’œuvre ET l’augmentation du profit du fournisseur. La majoration de la marque passe donc de 15,85 € à 19,85 €.

Finalement, la TVA, sur le même principe, intègre l’augmentation du salaire de la main-d’œuvre, du profit du fournisseur ET de la majoration de la marque pour passer de 4,17€ à 5,29 €.

 

Et c’est comme ça qu’une augmentation de 1,35 € sur le salaire de la main-d’œuvre se transforme mécaniquement en une augmentation de 6,75 € sur la chemise finale.

 

Pourtant le fournisseur, n’a rien fait de plus ? Pourtant la marque a les mêmes frais pour vendre cette chemise ? Mais peu importe. Le système est ainsi fait. Et pour satisfaire le consommateur toujours en demande de moins cher, la pression doit être maintenue sur la main-d’œuvre exploitée à l’autre bout du monde. L’implacable système ?

Industrie textile fast-fashion décomposition des coûts cout de la main d'oeuvre zara h&m usine sweatshop clean clothes campaign

On change de direction ?

 

Chacun à son rythme, un petit peu à la fois, ensemble nous pouvons faire évoluer le système pour le rendre plus juste dans sa distribution de valeur. Je suis intimement persuadée que si les consommateurs marquent leurs intérêts pour des vêtements ETHIQUES, Les mammouths de la fast fashion seront obligés de changer leur fusil d’épaule et d’ajuster leurs politiques sociales.

 

Quel est votre ressenti, en temps que couturière, par rapport à cet échelonnage des coûts dans la fast-fashion ?

 

 

**Les chiffres utilisés dans cette analyse sont extraits du rapport « Pulse of the fashion industry 2017 » réalisé par « The global Fashion Agenda » et « Boston Consulting group ».

Irrigation coton biologique et conventionnel consommation en eau impact

Entre la culture biologique et conventionnelle du coton, la guerre de l’eau est déclarée !

Ecrit par | Biologique, Coton, Monde textile | Aucun commentaire

Un des aspects fondamentaux de la culture du coton, c’est l’eau. La culture du coton est tenue responsable de l’assèchement de la mer d’Aral (oui, toute une mer, pfuittt, envolée). En Inde, elle est aussi pointée du doigt lorsqu’il est question de la problématique grandissante de l’appauvrissement des nappes phréatiques.

 

Le coton et l’eau vivent une histoire d’amour compliquée. Le coton a des besoins considérables qui tentent à assécher sa partenaire, la terre. Une relation à la vie à la mort qui peut vite devenir mortelle !

 

Est-ce que ce couple est aussi problématique si on remplace le coton conventionnel par son frère, le coton biologique ? (Ceci est une expérience purement métaphorique, à ne surtout pas tenter avec des amis pour vérifier le taux de toxicité de leur couple…)

 

En se baladant sur le net, vous trouverez des informations presque miraculeuses : la culture du coton biologique consomme 91% d’eau en moins que la culture du coton conventionnel. Autrement dit, la culture biologique permet de consommer 10 fois moins d’eau que la culture conventionnelle. Waaaaw, c’est presque magique. C’est tellement magnifique que j’ai voulu en savoir plus !

 

C’est mon côté Saint Thomas. Pour y croire, je dois le voir. Je me suis perdue des heures durant dans les méandres du net pour collecter, digérer et comprendre des informations techniques, rébarbatives et parfois même un peu contradictoires. Le but est de comprendre ce chiffre magique : 91% en moins !

 

Pour bien comprendre tout ce qu’implique la culture biologique du coton comparée à la culture conventionnelle, vous pouvez vous replonger dans l’article dédié à la culture du coton biologique comparée à la culture conventionnelle et dans l’article dédié aux besoins climatiques du coton.

Irrigation coton biologique et conventionnel consommation en eau impact

Système d’arrosage partiellement à l’abandon

Vous venez avec moi questionner la magie du 91% ? Comprendre ce qu’il y a sous un chiffre apparemment simple et magnifique ? C’est parti !

A la recherche du 91% perdu

 

Ce chiffre magique de 91% se retrouve sur bien des pages web sans aucune référence expliquant d’où il vient, pourquoi, comment, sur base de quelles hypothèses…

 

Et il est difficile à traquer le bougre. Parce qu’il laisse peu de traces derrière lui. Pas de liens, pas de références vers les études. Ce 91% est partout mais est très peu documenté. Le net n’est pas toujours aussi transparent qu’il le fait croire.

 

J’ai finalement mis la main sur la source de cette information. Ou plutôt sur les conclusions du rapport, mais c’est déjà pas mal. Les chiffres ont été bien moulinés et sont super clairs. Trop clairs, trop simple ?

 

L’étude de « Textile Exchange » reprend les productions de coton sur l’année 2014 de l’Inde, de la Chine, des Etats-Unis, de la Turquie et de la Tanzanie qui à eux seuls totalisent plus de 95% de la production mondiale de coton. L’échantillon considéré pour cette étude est très largement représentatif de la culture du coton.

 

L’étude évalue deux types d’empreintes sur l’eau :

  • L’empreinte  « Bleue » : c’est l’eau d’arrosage et d’irrigation. C’est celle qui est pompée des rivières et des nappes phréatiques. Cette eau va être utilisée par la plante (pour se construire, pour respirer, etc.) ou bien elle va être restituée directement vers le sol. Etant donné que le chemin de l’eau est modifié, toute l’eau prélevée par le système d’irrigation et d’arrosage sera comptabilisée même si la plante n’en utilise qu’une partie.
  • L’empreinte « Verte » : c’est l’eau de pluie ou l’humidité naturelle du sol. Dans ce cas, seule l’eau consommée par la plante est prise en compte. L’eau de pluie non utilisée par la plante ne subit pas d’impact dû à la culture du coton. Elle poursuit son chemin naturel vers le sol.
Irrigation coton biologique et conventionnel consommation en eau impact

Canal d’irrigation

Le rapport ne fait pas mention des hypothèses prises sur les données climatiques. Ben oui, on parle de centaines de milliers de fermes, c’est dur d’être précis sur les niveaux de pluie, le taux de pénétration dans le sol. Même imprécision pour la consommation d’eau d’irrigation (mon côté Saint Thomas vous disais-je…). D’où viennent ces données d’entrée ? Dans quelle moulinette à chiffres sont-elles passées ? Aucune idée !

 

Bref, « Textile Exchange » secoue le chapeau et Tadam, en sort le joli chiffre de 91%. C’est bon, ne cherchez plus ! On l’a trouvé le calcul de ce joli 91% qui se balade partout sur la toile. Dix fois moins d’eau pour la culture du coton biologique que pour le coton conventionnel.

 

Le WWF en action

Mais je ne me suis pas arrêtée là, et j’ai mis la main sur un joli rapport réalisé par le WWF pour le compte de C&A (oui oui, la grosse marque de prêt-à-porter) qui devait aussi se demander d’où venait ce beau 91%.

 

L’étude, très sérieuse et très complète met en œuvre un procédé d’évaluation de la consommation d’eau totale pour la culture du coton conventionnel et du coton biologique pour plusieurs centaines de fermes dans différentes régions d’Inde (plus de 200 fermes biologiques). L’étude a porté sur les cultures de 2012 et 2013. Les données ont été collectées le plus précisément possible, cependant certaines variables ont dû être estimées (le temps de pénétration de l’eau dans le sol, etc.). Les résultats de ce type d’étude doivent toujours être interprétés avec précaution.

 

Par ailleurs, les zones concernées dans l’étude sont globalement pas ou peu irriguées. Ce qui est plutôt peu courant pour la culture du coton conventionnel qui en général use et abuse de systèmes d’irrigation.

Irrigation coton biologique et conventionnel consommation en eau impact

Système d’arrosage qui pompe directement dans la nappe phréatique.

Premières observations de l’étude du WWF

 

Après analyse des chiffres et des graphiques, les premières conclusions ressortent :

  • Dès qu’il y a irrigation, l’empreinte « Bleue » globale augmente drastiquement étant donné qu’il faut prélever 2 litres sur une rivière pour espérer asperger 1 litre sur la plante, le reste sera perdu en fuites et évaporation. Sur le litre utilisé pour l’arrosage, la plante n’en prélèvera qu’une fraction. Mais dans le calcul, c’est bien les 2 litres prélevés dans la rivière ou les nappes phréatiques qui sont pris en considération. En terme d’efficacité d’utilisation de l’eau prélevée, c’est très mauvais.
  • Les sols biologiques sont plus riches en matières organiques, ils retiennent donc plus l’eau que les sols érodés de la culture conventionnelle. La richesse organique des sols de culture biologique est due notamment à la rotation des cultures, la mise en jachère, l’acceptation des « mauvaises-herbes », etc. De ce fait, l’empreinte « Verte » des cultures biologiques est plus élevée, pas parce qu’il pleut plus, mais parce que le sol retient plus longtemps l’eau de pluie grâce à sa matière organique. Cette eau de pluie peut donc plus profiter à la plante. De ce fait, le coton a moins besoin d’être arrosé et l’empreinte « Bleue » est plus faible.
  • Pour les zones géographiques qui ne nécessitent pas d’irrigation, le total des empreintes « Bleue » et « Verte » pour le coton conventionnel est légèrement supérieur à celui du coton biologique (c’est bien la tendance qu’on attendait, mais on est loin des 91%). Et oui, un plan de coton qu’il soit engraissé aux produits chimiques ou pas a besoin de plus ou moins la même quantité d’eau.

 

Mais le rapport ne s’arrête pas là et considère l’empreinte « Grise » sur l’eau. Cette empreinte considère la quantité d’eau nécessaire pour diluer les polluants relâchés dans l’environnement à un niveau acceptable selon les standards internationaux.

 

Cette quantité d’eau calculée pour quantifier l’empreinte « Grise » n’est pas effectivement prélevée à l’environnement pour diluer les polluants. Mais elle est néanmoins prise en compte pour considérer deux situations finales qui sont comparables (aka : un environnement sain).

 

Selon cette étude, en Inde, l’empreinte sur l’eau (et non pas la consommation, on est bien d’accord !) est globalement 25 fois plus élevée pour la culture du coton conventionnel que celle du coton biologique. Gloups… Cette façon de calculer l’empreinte sur l’eau prend en compte la pollution de l’eau sur un échantillon de fermes cotonnières avec peu, ou sans irrigation.

Comparaison de la consommation en eau du coton biologique et conventionnel irrigation empreinte grise polluant assèchement des nappes phréatiques

Dans le cas d’une comparaison qui prendrait en considération l’empreinte grise et l’irrigation des cultures conventionnelles, on peut s’attendre à des extrêmes encore plus prononcés. Dans ce cas, la culture biologique du coton permettrait un impact sur l’eau peut-être 30 ou 40 fois moins important que la culture conventionnelle. Attention, ceci est une extrapolation qui n’est pas confirmée par une étude en bonne et due forme.

Conclusions de Mars-ELLE

 

La première conclusion, c’est que ça n’est pas si simple de comparer des pommes et des poires (culture conventionnelle et biologique, irrigation ou pas d’irrigation, variations du climat). Les deux rapports analysés ci-dessus prennent des échantillons de base différents et appliquent des méthodes de comparaison différentes. Et encore, là je vous ai fait la version « courte » (oui oui, aussi courte que possible) parce que des méthodes d’évaluation, des rapports et des statistiques, il en existe bien d’autres.

 

Fondamentalement, qu’est-ce qu’il faut retenir de tout ça ?

 

Sans irrigation, le coton biologique ne consomme pas beaucoup moins d’eau pour sa croissance que son copain conventionnel. Cependant, la majorité de la culture conventionnelle de masse est faite dans des zones avec un très fort besoin en irrigation. Ce qui impacte terriblement l’empreinte globale de la culture conventionnelle. Et tout ça sans compter l’eau qui serait nécessaire pour diluer à un niveau acceptable les polluants répandus un peu partout dans les sols et les eaux par cette même culture conventionnelle.

 

Et comprenez bien qu’ici, nous ne parlons que de la culture du coton. On n’a même pas comparé la consommation en eau pour la production textile et la teinture pour une filière classique, ou une filière GOTS !

 

Bref, dites 91% en moins, 10 fois mois, 25 fois moins, si ça vous arrange (et que vous ne souhaitez pas vous lancer dans 4 pages de digressions comparatives), mais surtout citez vos sources !

 

 

Les sources utilisées pour cet article :

Les conclusions du rapport de Textile Excahnge

Le rapport du WWF pour C&A

Pourquoi du coton biologique pour les tissus de Mars-ELLE?

Ecrit par | Biologique, Coton, Monde textile | 1 commentaire

Etat des lieux du tissu en coton bio

 

Quand je parle de mon projet Mars-ELLE autour de moi, les gens me demandent souvent, « Mais ça veut dire quoi exactement coton biologique ? » ou bien « qu’est ce que tu veux dire par « coton biologique », tu ne vas pas le manger quand même?»….. Je réalise suite à ces discussions, combien nous sommes souvent déconnectés des réalités du monde textile.

Le textile et en particulier la mode, représentent un marché d’environ, à la grosse louche 3,000,000,000,000 dollars par an. Autrement dit 3 millions de millions de dollars par an (ça fait un sacré paquet de tissu n’est ce pas ?). C’est un secteur qui vend une image glamour et qui reste sous les radars de la transition écologique actuelle qui touche pourtant largement l’alimentation et l’énergie. Alors soulevons ensemble un bout de l’épais tapis qui recouvre tout ça pour tenter de comprendre le « coton biologique ».

Tout d’abord, pourquoi ce besoin de coton biologique ? Simplement parce que environ 2,5% des terres cultivables mondiales sont consacrées à la culture du coton, alors que cette même culture du coton consomme environ 15 à 20% des pesticides mondiaux. Gloups.

 

Coton biologique récolte

Autrement dit, les pesticides sur les champs de tomates (culture conventionnelle qui probablement ne se fait même plus dans un « vrai champ ») c’est déjà pas jojo, mais pour le coton, à surface équivalente, on asperge environ 10 fois plus de produits chimiques. On ajoute à ça, les engrais, la consommation incroyable en eau, l’appauvrissement des sols, les traitements chimiques de la fibre et du tissu et j’en passe et des meilleures. S’impose alors naturellement la nécessité impérative de repenser et de revoir le modèle de production du coton.

Coton conventionnel versus coton biologique: le duel

 

Je ne suis pas ici pour démoraliser l’assemblée. Non ! Je suis ici, parce qu’il existe des solutions. Des solutions connues, maitrisées et applicables qui permettent de répondre point par point aux problématiques de pollution de la culture du coton et de la fabrication textile. YESSSSSS ( je vous avait dit que j’avais des bonnes nouvelles).

Voici un petit tableau comparatif des grandes étapes de culture et de manufacture pour vous permettre de comprendre l’impact du coton biologique comparé à son opposant, le coton conventionnel. Petit duel en règle, niak niak:

Biologique
Conventionnel
Préparation des graines
Non traitée, sans OGM
Traitées avec des fongicides et insecticides, possibles OGM
Préparation du sol
Rotation des cultures, engrais naturels
Engrais synthétique, mono culture intensive appauvrissement des sols
Contrôle des « mauvaises herbes »
Arrachages mécaniques ou manuels et tolérance sur les mauvaises herbes bénéfique pour les insectes et animaux
Insecticides et pesticides utilisés en masse, sol mis à nu.
Production (filage)
Stabilisation de la fibre avec utilisation d’agents non-toxiques
Stabilisation de la fibre avec utilisation d’agents toxiques
Blanchiment
Blanchiment au peroxyde non-toxique
Blanchiment à la chlorine, création de sous-produits toxiques
Traitement du tissu
Traitement à l’eau chaude avec contrôle du PH par des produits non-toxiques
Traitement à l’eau chaude et produits chimiques additionnels
Teinture
Basse concentration de métaux lourds et de sulfures
Haute concentration en métaux lourds et sulfures
Impression
Pigments en base aqueuse ou pigments sans métaux lourds
Pigments issus du pétrole avec haute concentration en métaux lourds
Prix d’achat
Elevé
Bas
Prix sur le long terme
Le prix juste pour protéger notre environnement. Les coûts des mesures pour protéger l’environnement et la société sont inclus à chaque échelon dans le processus de production.
Enorme. Les coûts liés aux impacts sur l’environnement (dépollutions, coûts sociaux, etc.) ne sont pas pris en compte dans le prix de vente et devront être assumés plus tard par on ne sait pas bien qui…

Coton biologique de la graine au tissu mars-elle tissu vente au mètre coton bio

Bref, on compte les points, et on comprend vite que les jeux sont biaisés, que les dés sont pipés, que l’arbitre est un gros vendu. Que seul le prix d’achat compte. Qu’à l’échelle mondiale les autres points sont du pipeau sinon, je ne serai pas en train d’expliquer à tout mon entourage « pourquoi du coton bio »…. Pourquoi, le coton biologique devrait être la norme!

Le futur du Coton Biologique?

 

Noooon, je vous avais dit que je n’étais pas ici pour démoraliser l’assemblée, alors… place aux bonnes nouvelles !

En 2016, il y a eu une production d’environ 110 000 tonnes de coton biologique, ce qui représente une part d’environ 0,5% de la production mondiale du coton. Hé ! On avait dit des bonnes nouvelles Mars-ELLE. La bonne nouvelle, c’est que les chiffres de 2017 doivent encore être compilés et digérés par la grande machine à statistique, mais une augmentation signification de la production est attendue. On attend une augmentation d’environ 3-4% comparée à la production de 2016.

En parallèle, le coton durable se taille lui la part du lion. Son patronyme n’est pas particulièrement bien choisi et, en bon mot valise qu’il est, il englobe tout et un peu n’importe quoi (je vous parlerai de cela dans un prochain article). Oui, sa définition n’est pas claire comme du cristal, mais il connaît une augmentation significative sur les dernières années. Il représente actuellement environ 15% de la production mondiale annuelle du coton. Ce qui veut dire que les mentalités évoluent, enfin !

fleur de coton biologique pesticides

J’ai encore tellement de choses à partager avec vous sur le textile, la jungle des certifications, ce fameux « coton durable », l’hypocrisie des grandes marques, les avancées significatives en agronomie, les questions d’impact social, le modèle économique. Et encore une foule d’autres sujets pour soulever ensemble, un petit peu plus chaque fois, le tapis qui nous cache la réalité du monde du textile.

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Références:

Pour en savoir plus, rendez-vous sur :

Et pour tout savoir sur les grandes étapes de la culture du coton, allez vous rafraichir la mémoire sur cet article: le B-A-BA de la culture du coton.

portrait coco chanel

Les secrets du Jersey par Coco Chanel

Ecrit par | Inspiration, Monde textile | Aucun commentaire

Le Jersey est le tissu versatile par excellence qui permet de nombreuses réalisations couture aussi simple qu’élégante.

Mais laissez-moi revenir aux bases pour essayer de cerner ensemble ce tissu, les bases techniques et surtout son histoire un brin magique.

 

Les bases techniques

 

Le Jersey est une maille. Ce qui signifie littéralement que c’est un fil qui est tricoté, comme le tricot de votre gros pull préféré, mais avec une autre matière première et bien sur d’autres aiguilles ! Le Jersey est donc un type de tissu et pas une matière. Pour faire simple, le fil de base peut être aussi bien de la laine, du coton, ou toutes autres types de fibres synthétique. Vigilance donc, lorsqu’on dit Jersey, on ne dit pas tout. Il est impératif de préciser la matière!

 

La maille jersey, c’est exactement comme le tricot!

 

Grâce à ses mailles tricotées, le jersey est extensible et ce, même si le fil de base ne l’est pas. Par ailleurs le tissu ne s’effiloche pas. Les bords peuvent rester à cru sans faire apparaître de petits fils comme c’est le cas avec les tissus chaine-et-trame. Par contre, ce tissu a un défaut (qui n’en a pas ?). Il a tendance à roulotter sur les bords à crus, ce qui demande à la couturière un peu de doigté et d’expérience pour la couture.

 

Le jersey est le tissu le plus gratifiant à coudre. Il nécessite très peu de finitions. Et de part son élasticité et son tombé, il s’adapte gracieusement et sans effort aux particularités de votre morphologie, là ou une réalisation en chaine-et-trame demandera de nombreuses adaptations parfois compliquées à réaliser.

 

Une histoire de haute couture

 

Et si je vous disais que c’est Coco elle-même qui a propulsé le Jersey sur le devant de la scène ?

portrait coco chanel

Elle en jette Coco!

 

Le jersey était alors uniquement utilisé pour les sous-vêtements des messieurs. Ce tissu était considéré comme basique, voir vulgaire. Jusqu’au jour où une prénommé Coco décida de sortir ce tissu de son utilisation pour le moins intime pour l’exposer au grand jour. Elle a su voir le confort, l’élégance du drapé et du tombé du jersey dans un vulgaire tissu de slip. Bien vu Coco ! Bien sûr l’industrie de la mode s’est offusquée. Mais qui résiste à Chanel ?

 

Visionnaire ou opportuniste ? Coco Chanel combinait probablement ces deux qualités. Parce qu’en 1916, lorsque que Coco intègre le Jersey à ses collections, la France est sous occupation. Les zones de fabrique de tissu d’habillement classique sont globalement inaccessibles ou à l’arrêt. Seul les productions de jersey restaient en service. Coco a eu deux options : soit se réorienter dans la mode du slip gentleman, soit intégrer le jersey dans la mode féminine !

 

 

Depuis Coco, le jersey s’est étendu dans la mode féminine et masculine. Avec l’avancée de la technologie, une quantité de nouvelle maille dérivées du Jersey ont vues le jour comme le bord côte et l’interlock.

 

Le Jersey dans les garde-robes actuelles

 

De nos jours, le jersey qui gardait une réputation de tissu décontracté (voir réservé au sport) s’immisce de plus en plus dans des vestiaires aussi chics que confortables.

 

Le Jersey sera un excellent tissu pour toute la garde-robe des « hauts » de Monsieur et Madame. Le t-shirt standard, porté par une large majorité de la population depuis des décennies est confectionné avec du Jersey d’environ 140 g/m2. Associé à une coupe plus travaillée ou combiné avec de la dentelle, le Jersey peut aussi se montrer plus féminin tout en restant toujours aussi confortable.

top jersey dentelle couture Mars-ELLE

Jersey tout simple + dentelle = chic et confortable!

Du pyjama, à la robe portefeuille façon Diane Von Furtsenberg, les utilisations du Jersey sont infinies. Attention cependant, s’il est utilisé sur des coupes très près du corps, le Jersey ne laisse pas grand-chose à l’imagination… Dans ce cas, préférez un interlock ou un molleton qui présentent tous deux un tombé moins fluide (pour la prochaine collection hivernale de Mars-ELLE, c’est promis).

Vous avez peur de vous lancer avec le jersey? Pas de panique Mars-ELLE a compilé tous les trucs et astuces pour se lancer sereinement avec le jersey.

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Culture du coton fleur de coton

Connaissez-vous vraiment le coton? Le B.A.-BA de la culture du coton

Ecrit par | Coton, Monde textile | 3 commentaires

Le coton de tous les jours

 

Le coton nous le connaissons et le côtoyons de très près depuis toujours. Il constitue une part significative de notre garde-robe et nous habille jusque dans notre intimité depuis notre plus tendre enfance. En tant que couturière, je pensais être particulièrement sensible et informée sur cette matière. Le coton m’apparaissait comme une évidence. Le tombé, le grammage, la douceur, bref, j’étais une « experte ». Quelle n’a pas été ma surprise de réaliser que je ne connaissais rien de la plante dont sont extraits ces filaments de douceur. C’est parti pour une petite mise en bouche sur la culture du coton.

Je vis depuis quelques années dans un pays producteur de coton. Peu après mon installation, lors d’une excursion, un ami m’a dit «  tu as vu les champs de coton sont en fleur ! ». Je lui ai stupidement répondu « Ça ? Mais c’est un champ de patates, non ? »… La honte de la couturière !

J’ai finalement bien vite oublié ma honte et de découverte en excitation je me suis passionnée pour l’observation de ces champs qui s’égrènent le long des routes.

Culture du coton ramassage du coton

Au moment de la récolte, j’ai trouvé le moyen de me joindre au ramassage du coton. Une occasion de m’infiltrer « à l’intérieur » afin de découvrir cette plante merveilleuse. Je vous embarque dans cette folle aventure de « moissonneuse cotonnière » ?

Le cotonnier, c’est quoi ?

 

Pour commencer un point vocabulaire ! La plante dont est issue le coton s’appelle le cotonnier (de son nom savant Gossypium de la famille de Malvacées). Pour ma part, je continuerai à utiliser le terme galvaudé de : champ de coton, je ne suis pas à un abus de langage près!

Le cotonnier est un arbuste dont la taille varie entre 50 cm (dans les champs) et 10 m (pour les heureux cotonniers du monde sauvage). Dans les champs où le ramassage du coton est mécanisé (avec une sorte de grosse moissonneuse), les espèces plantées sont sélectionnées en accord avec la garde de la moissonneuse (la hauteur de son essieu), contrainte technique oblige.

Le coton est une plante vivace qui peut vivre une dizaine d’année… sauf dans les champs où le cotonnier est exploité de manière annuelle. Pourquoi ? Je n’ai pas obtenu la réponse. Mais, je suppose que c’est peut-être pour faciliter le travail des champs et des récoltes ? Ou bien pour s’adapter aux dictats de l’agriculture moderne qui veut que les champs soient retournés et mis à nu périodiquement ? En résumé, le cotonnier des champs est plus petit et vit moins longtemps que dans le monde sauvage pour s’adapter à la mécanisation de la récolte.

Culture du coton fleur de coton

Culture de coton fleur de coton

Le cotonnier est très exigeant concernant ses besoins climatiques. Il nécessite environ 120 jours de pluies abondantes pendant sa période de pousse (hé, ça pourrait le faire en Belgique dont je suis originaire ! ) Par ailleurs, il a besoin d’une période de soleil, de chaleur et de sécheresse pendant la période de maturation des graines. Il ne supporte absolument pas le gel (bon finalement, pour la Belgique, c’est mort ! ).

En réalité, les zones qui sont naturellement adaptées à la culture du coton sont les zones tropicales et subtropicales (de l’eau et de la chaleur, le tout en grande quantité).

Les zones n’ayant pas une pluviométrie de 700mm par an devront compenser le différentiel en irrigation. Pour vous donner une référence, 700mm, c’est pile-poil la moyenne annuelle Belge (mais si, vous voyez, le pays où il pleut tout le temps !). D’autre part, sans période sèche et chaude au moment de la maturation, les capsules et les fibres qu’elles contiennent pourriront avant d’arriver à maturité.

Bref le coton est exigent et sensible au climat.

La culture du coton: Au fil des saisons

 

Le coton fleurit en été, il a de superbes fleurs blanches-jaunes qui deviennent petit à petit rosées. La fleur est entourée de trois bractées (sorte de sous pétales) qui sont généralement très découpées. Elles protègeront la fleur des insectes nuisibles. Ces bractées sont considérées gênantes par les cultivateurs pour la récolte mécanisée parce qu’elle retiennent les fibres de coton.

La plante est si jolie et sa fleur si délicate qu’on se demande pourquoi elle n’a pas percé dans la décoration d’intérieur et la culture en pot. Mais là, je m’égare, il s’agit d’un autre sujet !

Culture du coton de la graine à la récolte floraison coton

A la fin de l’été, la plante est complètement séchée. Les fleurs se sont transformées en de grosses capsules oblongues vertes tachées de rouge. Les bractées (souvenez vous, ce sont les sous-pétales dentés) sont complètement séchées mais encadrent toujours le fruit. A pleine maturité, les capsules s’ouvrent en quartiers et libèrent les graines entourées des douces fibres blanches. Chaque capsule contient entre 20 et 40 graines.

Culture de coton fleur de coton

Les fibres de coton offrent une très bonne prise au vent ce qui facilite la dispersion des graines (dans le monde rêvé de la vie sauvage, pas dans les champs bien évidemment!).

La qualité du coton se mesure en centimètre et en résistance. Plus la fibre du coton est longue, meilleure est la filature et le tombé du tissu. La fibre de coton peut faire entre 1 à 5 centimètres de long. Un centimètre c’est trop court pour une utilisation textile tandis que cinq centimètres c’est le top du top.

Mais il n’est pas seulement question de taille (comme bien souvent). En effet, plus la fibre est longue, plus elle a tendance à être fine, ce qui est un atout pour le tombé du tissu. Son aspect se rapproche ainsi du fil de soie. Mais attention la finesse du fil ne doit pas compromettre sa résistance. En résumé : taille et résistance ! : what else !

Culture de coton fleur de coton

Le temps de la récolte

 

A propos de taille, retournons à la culture du coton et à la moissonneuse. Elle est impressionnante la bête, mais en vrai, ça se conduit comme une bicyclette et la cabine est même climatisée. Les cotonniers sont bien martyrisés et secoués par le passage de la « grosse Berta ». C’est peut-être pour ça qu’ils sont replantés chaque année au fait ?

cueilleuse de coton moissonneuse

Les différentes capsules de coton sur une même plante n’arrivent pas à maturité au même moment. Idéalement, un double passage à quelques semaines d’intervalle est nécessaire pour assurer un ramassage complet de la récolte. Dans les faits, le premier ramassage peut, si il est judicieusement planifié, récolter 80% de la production du champ. La consommation en essence, voir le prix de la location de la moissonneuse ne justifie pas toujours la seconde repasse.

Et les poignées de coton restantes se dispersent librement au gré du vent jusqu’à la fin de l’automne.

Laissons le champ derrière nous et embarquons avec le coton vers sa première étape de traitement. Le cultivateur va emmener directement sa production du champ chez le grossiste. Les prix au kilo sont fixés par « le marché », il n’y a pas grand-chose à discuter. Par ailleurs, pas beaucoup de choix alternatif pour le cultivateur qui n’a pas les infrastructures nécessaires ni pour stocker ni pour prétraiter sa récolte. Au mieux, il a accès à plusieurs grossistes pour essayer de négocier.

Devant le stock de coton, les hommes parlent de leurs récoltes et de la météo, comparent les qualités des cotons et discutent des impacts géopolitiques lointains sur le prix du leur coton. De mon coté je contemple abasourdie la montagne de coton qui est manipulée, triturée et renversée par un Bulldozer. Je n’ai qu’une envie : aller me jeter dans cette montagne duveteuse.

Avez vous déjà pu toucher les boules de coton et leurs douceurs incroyables ?

recolte du coton stockage

Le grossiste va effectuer plusieurs étapes de pré-traitement. Premièrement, l’égrenage ou la séparation des graines et des fibres de coton. Les graines sont utilisées pour l’alimentation du bétail ou sont transformées en huile végétale. Le coton, est ensuite cardé (grossièrement peigné) pour libérer les impuretés (bouts de feuilles, branchages, etc) qui sont prises dans ses fibres. Les déchets organiques pourront être utilisés comme combustibles ou être compostés.

Enfin le coton est enfermé en balle standardisée de 500 kg. Il est prêt pour son second voyage.

La suite du voyage

 

Les balles de coton sont achetées par des filatures qui sont en charge de produire du fil. Les filatures revendront leurs productions à des manufactures qui sont en charge de faire le tissu. Elles revendront les tissus aux usines de confection qui elles sont en charge de faire les vêtements. De surcroît, chaque étape peut être interrompue par un arrêt chez des grossistes ou éventuellement dans les stocks des spéculateurs.

Quel voyage en perspective!

Nous verrons ensemble dans les prochains articles les étapes de la fabrication du fil et du textile, mais aussi les implications de la culture du coton à notre époque ainsi que les impacts socio-économico-environnementaux et consort.

Si le coton est tout doux et léger quand on s’apprête à le transformer en petite robe d’été, l’envers du décors est bien différent : c’est un secteur économique et industriel énorme qui est sujet à la frénésie consumériste de ces dix dernières années, aux spéculations, à la mondialisation, aux changements climatiques, etc.

Plein de choses en perspective à découvrir ensemble sur la vie cachée de nos tissus d’amour ! Inscrivez vous à la Newsletter pour ne pas manquer les prochains épisodes!